L’art : catalyseur de l’innovation dans les entreprises ?

La pollinisation : un nouveau regard

Les organisations sont à la recherche de l’innovation ! Ou est-elle ? « Comment est-il possible que nos collaborateurs soient si chèrement payés et qu’ils apportent si peu de créativité, si peu d’innovation ? Pas les innovations de l’excellence opérationnelle sur lesquelles les black belt s’échinent au quotidien. Non, les vraies innovations, celles qui changent radicalement la vie des usagers, celle qui découle sur de nouveaux produits ou services, et qui assureront l’existence de l’organisation demain. Les causes ont largement été débattues et des solutions proposées, mais en cette période de FIAC, interrogeons-nous sur la place de l’art dans les organisations et son influence sur l’innovation.

Le dialogue avec l’art est une source fascinante d’apprentissage. En effet, l’art a cet avantage ; il interroge, il questionne. Du moins il offre à celui qui l’accepte de s’interroger. Et ce questionnement est fertile sur tous les aspects de la vie. Il m’apprend sur moi si j’écoute mes ressentis et que je recherche les explications par rebond dans mon passé, sur mon monde et mon mode de fonctionnement. Il met en lumière les décalages entre qui je suis et ce que je vis personnellement et professionnellement. Toutes ces incohérences qui jalonnent nos vies. (…) Et c’est, selon moi, à ce moment que l’art devient fécond, pollinisateur, en amenant ce nouveau regard, cette nouvelle lecture des événements, des taches, des processus, de l’expérience utilisateur…de la vie. Ce nouveau regard est précisément un des éléments clé du processus d’innovation, du processus de transformation quelle qu’il soit, personnel ou professionnel, (digital, organisation, développement personnel…), individuel ou sociétal.

Si l’art est parfois trop aride, le design et parfois l’artisanat peuvent remplir cette fonction de pollinisateur. Quand l’art devient utile, on peut parler d’artisanat. La production artistique se présente alors sous la forme d’une petite entreprise qui proposent une lecture différente de la vie quotidienne avec des outils, produits ou services alignés à ce regard, cette vision, et qui y sont plus adaptés ou apportent un surcroît de valeur par rapport à ceux que nous connaissons/utilisons/possédons. Les designers y jouent un rôle crucial, comme Borge Mogensen(*) par exemple. Avec eux l’artisanat devient industrie avec des produits qui révolutionne la vie quotidienne, et partent à la conquête du monde.

En somme, si s’exposer à l’art, quel que soit sa forme, ne garantit pas l’émergence d’un nouveau regard (car il est fortement dépendant de la maturité du regardant), s’y exposer ne revêt néanmoins aucun danger. On s’expose simplement à une pollinisation, dont la vitesse de germination est propre à chaque individu, dans sa vie d’abord, puis dans son organisation, dans son contexte, bref dans son monde. Il illustre bien selon moi un point de départ possible du voyage que Ghandi propose en avec la célèbre phrase « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde ».

La rencontre avec l’art : une démarche avant tout personnelle ?

Dialoguer avec l’art relève d’une démarche personnelle bien sûr. Là en réside sa limite. En sanctuarisant les œuvres d’art dans des mausolées sans âmes et dénués de sens pour le néophyte, et en n’enseignant pas l’histoire de l’art au collège/lycée, notre peuple, nous, nous éloignons de l’art, et du même coup, de ses bienfaits (Lire Jean Clair dans la tribune de 2011)

Embêtant pour un peuple qui lit et entend dans tous les médias ou au bureau : « transformation », « changement de culture », « révolution digitale », « évolution », « adaptation » (…) Vivre une révolution et se couper d’une source de créativité et d’innovation, est-ce bien raisonnable ? Alors qu’une bonne partie d’entre nous travaillons dans des organisations schizophrènes, ou nous sommes sommés d’innover, nous sommes manipulés par le « innover ou mourir ! » ou l’on nous fait croire que nous nous (con)fondons dans notre organisation, et de surcroît avec les injonctions contradictoires toxiques bien françaises « attention, on n’as pas droit à l’erreur », ou « désolé j’ai pas de budget pour toi, c’est en plus de ta mission, mais la société compte sur toi. C’est stratégique !».

Alors, et si nous allions respirer l’air de la création artistique pour être pollinisé ? Et pourquoi pas pour polliniser nous aussi, car nous avons chacun de la valeur et des choses à apporter aux autres différents. Et si notre cadre de travail était un lieu ou l’art pouvait rentrer régulièrement pour polliniser : moi, mes collègues ? … et mon patron ? et les actionnaires aussi pourquoi pas ?

Si « la beauté est dans l’œil de celui qui regarde » peut-être faut-il changer notre instruction. Apprendre à voir et appréhender l’art en dehors des musées. Je ne parle pas ici des grands artistes renommés, mais de ceux qui créent aujourd’hui, en 2018, avec les mêmes contraintes que nous. Le peintre, le sculpteur, l’artisan, l’ébéniste, le photographe, l’architecte…

Sur quoi porte cette pollinisation ?

Je vois 3 germinations possibles de cette pollinisation entre la création artistique moderne, et l’innovation dans les organisations (start up, PME, ETI, organisations publiques…).

–         Le processus de création et la découverte du regard de l’artiste : Il existe différente méthode, différent processus de création. On peut imaginer partir ensemble dans une démarche anthropologique : observation de l’agitation du monde, recueil des besoins ou des douleurs prégnantes, proposition d’une réponse, parfois d’une nouvelle réponse. De cette réponse, l’artiste crée une œuvre, l’entrepreneur un service ou un produit. Tous partagent ensemble les regards, pour appréhender le quotidien en co-créant, en co-innovant. De la différence de regard nait l’innovation (open innovation hybridation…)

–         L’apprentissage de la flexibilité du regard ; Par les rencontres et les travaux collaboratifs artistes – collaborateurs, il s’agit selon moi de favoriser l’entrainement, et in fine l’acquisition, d’une palette de regards différents et de la flexibilité d’esprit pour les utiliser chacun à son tour. Et ainsi de restaurer notre créativité si abîmée. Changer de regard demande beaucoup d’effort. Cette disposition est toujours à entraîner, et la palette à enrichir.

–         Enfin le droit à se tromper : Lors de création de start-up, ou plus généralement de nouvelles offres de services, les « pains » ne sont parfois pas assez approfondies pour donner naissance à une innovation qui apporte suffisamment/réellement de la valeur aux clients utilisateurs. Comme le soulignait déjà Jean CLAIR en 2011, la vacuité créative actuelle de certain artiste en est le parfait reflet, lui-même reflétant une société sans idée, apathique, concentrés sur les biens matériels et les expériences de plaisirs qu’elles va pouvoir gouter lors des prochaines vacances. L’erreur est la principale source d’apprentissage, et d’innovation. Ne nous en privons pas, et partageons nos expériences d’erreurs, artistique ou entrepreneuriale.

Les déclarations de l’actuel président de la république à la communauté artistique le 19 octobre résume cela très bien : « J’ai besoin de créatifs, d’indisciplinés et de gens inspirants »

C’est en ce sens que l’art est un puissant catalyseur d’innovation, dans notre vie personnelle, dans notre société, dans nos entreprises. Un catalyseur de transformation. Aussi, réunissons-nous autour de l’art : artistes de toutes orientations, artisans, entrepreneurs, simples collaborateurs, cadres intermédiaires et exécutifs des grandes organisations (…).

Encourageons les belles initiatives qui existent déjà : résidence d’artiste, rencontre artiste/groupe en charge d’une transformation, visite de biennales/expositions d’art contemporain et des métiers d’art, visite de musée … Et surtout initions et innovons ensemble pour créer l’initiative de votre organisation, celle de votre transformation.

Références :

Borge Mogensen est un designer Danois coauteur du Danish Modern qui rayonne (encore aujourd’hui) dans le monde entier.

A partager 

Silvie de Clerk, coach associé de Terres inconnues, qui accompagne des dialogues avec l’art en petit groupe http://www.terresinconnues.com/fr/

Valérie Bobo, fondatrice de Mona-lisa, dont l’objet est la création de résidence d’artiste dans les organisations, et de l’accompagnement pollinisateur entre artistes et entreprises http://monalisa-factory.com/

Et bien sûr, je vous accompagne aussi avec changeAble.

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